La mise à mort du travail

Animal Crossing

On m’avait dit que Animal Crossing c’était mignon. L’incarnation de la vie choupinette. On me l’a beaucoup dit. Je l’ai aussi beaucoup lu. Mais finalement je ne l’avais jamais pratiqué. Animal Crossing New Leaf fut donc l’occasion d’aller voir par moi-même. Je n’ai pas été déçu du voyage.

Tout a commencé par mon arrivée dans la bourgade de Sega. Mon avatar est immonde. Un mélange entre une tête d’enfant hydrocéphale et d’Hannibal Lecter. Tout le village est là à contempler ma tête de monstre. Ca me gêne un peu, jusqu’à ce que je me rende compte qu’ici tout le monde est malade. Ces gens sont des animaux. Hydrocéphales. Enfin, au moins ils sont plutôt sympathiques: ils me nomment Maire. A ce que j’ai compris, le dernier s’est barré ou n’est jamais venu. Tant mieux pour moi.

Après avoir planté un arbre lors d’une cérémonie paysanne de bienvenue, je pose ma tente. Oui, oui, ma tente. Je suis le maire de ce patelin, tout le monde a une fucking maison mais moi je dors dans une tente. Ni d’une ni de deux, je vais voir l’agent immobilier local: un raton laveur. Oui, je peux avoir une maison mais il faut dix milles clochettes. Des clochettes? Et je les trouve où les clochettes? C’est des fleurs? Des fruits? Il y a une église? Non monsieur, faut bosser si tu veux des clochettes. Dis-moi, connard de raton laveur, pourquoi t’appelles pas ça du fric comme tout le monde?

Résigné, je vais donc pêcher des putains de poissons avec une canne à pêche que j’ai payée en vendant des fruits. Je suis le maire mais je suis traité comme un immigré Ouzbek à Appenzell. Tu veux un toit l’étranger? Démerde-toi, vend des fruits pour te payer une canne à pêche, ça te mènera peut-être un jour à une maison. Ce qui n’empêche absolument pas ces animaux de villageois de me faire des sourires et des politesses: Comment allez-vous Monsieur le Maire? Votre installation se passe bien Monsieur le Maire? J’espère que vous vous plaisez dans notre village Monsieur le Maire?

J’ai une saloperie de secrétaire aussi. Marie qu’elle s’appelle. C’est une chienne jaune. Elle me poursuit partout pour me rappeler à mon devoir. Il parait que ma côte de popularité est au plus bas. Si je veux y remédier, il faut que je parle au gens pour savoir comment les aider, qu’elle dit. Les aider? Je pêche jour et nuit pour pouvoir dormir dans autre chose qu’une tente merdique et c’est moi qui dois les aider? Tu sais Marie, il y en a une, elle a un jukebox chez elle? Tu sais combien ça coute un jukebox Marie? Trois mille deux cent clochettes!

Il y a des magasins aussi à Sega. Des magasins qui vendent des trucs très chers qui servent à rien. Plein! Des chapeaux, des habits, des meubles, du papier à lettre. Oui, du papier à lettre. Pour écrire à tes concitoyens qui se paient de ta tronche. Le reste, c’est pour collectionner il parait. Collectionner? Je vais donc devoir m’accrocher à l’échelle sociale, gagner ma vie truite après truite pour collectionner des trucs qui ne servent à rien et, comble du bonheur, n’existant même pas en dehors de ce monde de tarés?

Le maire précédent n’est jamais venu. Quelle lucidité.

Je ferme ma 3DS, me cale dans mon canapé et relance mon programme du moment: «La mise à mort du travail. Chapitre deux: l’Aliénation». Franchement, quitte à vivre dans un monde de merde, autant que ce soit le mien.

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  • Kakourgos

    Tu m’as fais rire, j’ai ressentis la même chose avec ce jeu.

  • Tu n’as simplement pas su aborder le jeu dans le bon contexte culturel. En Asie, les enfants pauvres bossent dès l’âge de 5 ans (environ). Aussi, les enfants riches (il y en a quelques uns) peuvent, grâce à leur 3DS, voir à quoi ressemble la vie d’un bouseux.

    En Europe, on a un peu le même phénomène avec tous les « Simulator » qui s’acharnent à reproduire (mal) des tâches ou des travaux dont personne ne voudrait réellement (pilote de transpalette, pilote de grue, pilote d’éboueuse…)

    :-)

  • Merci Cédric! Comment ai-je pu louper cette lecture à travers le contexte culturel. La précipitation surement. Pour me punir je vais jouer à Somalian Pirate Simulator
    jusqu’a Noël pour bien me rappeler le principe de la conceptualisation culturelle subtile.

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